Tobie Nathan

Tobie Nathan

Tobie NathanPrière

Psy, prof et scribouillard — avec cette exigence de naïveté pour continuer à croire que l’on peut convaincre par la raison de ce que l’on a appris d’expérience.

Je demande à mes pères l’autorisation de parler en public.

Silencieux et humble devant le malheur, l’on se doit de partager la joie du savoir ; de combattre par toute la force de la pensée la banalité et l’ennui.

J’ai écrit, j’ai parlé, je me suis engagé, dans des luttes sociales, des combats théoriques, j’ai travaillé recherchant avant tout clarté et simplicité.

L’on m’a écouté, lu, imité, plagié, critiqué, calomnié, attaqué… Certains n’aimaient pas, je le sais, l’originalité dont je faisais preuve, ma liberté de penser, moi qui n’ai fait partie d’aucune chapelle, qui, sans doute à l’image de mon maître, répugnais aux idées courantes, à la vox populi

Je demande aux êtres la bénédiction de la terre.

Toute création est oeuvre de la terre. La banalité est pire encore que le mal — déguisée en prudence, elle prépare seulement l’alliance des brigands.

Je supplie les esprits de m’épargner les bandes, les groupes, les sociétés et les affiliés… les hordes, les meutes et les légions.

J’étais parti sur le chemin que m’avaient tracé les maîtres, imaginant éviter par le silence les pièges qui le parsemaient. Les embûches étaient obscures, à chaque embranchement ; les idées sont maudites par les nuées.

Quelles que soient les souffrances, les menaces ; quel que soit le monde, quels que soient les temps, je m’efforce de ne pas renier mon nom !

11 réflexions sur “Tobie Nathan

  1. J’ai pris connaissance de votre existence par deux personnes: mon ami, mon frère, Patrick Tourmann, et par Marie-Odile Gross.
    Il me faut maintenant mieux m’organiser dans ma petite vie pour avancer en lisant vos écrits (entre autres). Merci!

  2. Par vos romans chez Rivages noirs, vous avez comment dire… réveillé/documenté/explicité cette part d’intuition innée qui parfois m’a permis d’avoir une fraction avant la catastrophe la préscience de l’événement. Mon père s’appelait Jean Poncelet, il est mort le 9 juillet 1960 au congo, ce qui réveilla ma mère rentrée en Belgique suite à un profond désaccord. Elle nous a toujours dit nous avoir trouvé en croix mon frère et moi et avoir ainsi su que le pire était arrivé.

  3. Je suis le fruit d’une rencontre d’été sans lendemains. Mon géniteur – mot affreux, animal, mais comment le désigner ? – en sait-il seulement le résultat ? J’en doute. J’ai rejoint le monde des humains un jour de printemps pour y être accueillie d’une drôle de manière. Deuxième création de rencontres sans futur, et alors que la première put rester auprès d’elle, je devenais de ce fait un élément trop encombrant pour permettre à ma génitrice d’espérer passer un jour du statut de fille-mère à celui d’épousée. Ainsi, me dit-elle la seule fois où nous nous sommes vues, en décida sa mère. Et probablement la raison. C’était « plus raisonnable ». La raison prit mon destin en main pour le guider. J’ose croire qu’il y eut aussi du désir et de la passion… mais ce dut être trop douloureux pour être permis d’être mis à jour. Pour la petite histoire, une troisième création du même ordre vint quelque deux années plus tard et prit le même chemin que le mien : adoptée par un couple qui ne put avoir d’enfants et se débattait déjà dans ses amours et désamours, à trois mille kilomètres de là. Séparation puis divorce, six ans plus tard. La raison, sans doute ? La passion et le désir, certainement. En tous cas est-ce ce qui ne m’a pas été dit. Je dus par la raison essayer de comprendre ce qui ne me fut pas explicité, ce qui fut passé sous silence pour m’être jeté à la figure de longues années plus tard : je n’avais pas bien compris ! Décidément, mais que m’étais-je imaginé ? Dans quel monde vivais-je ? Celui du silence vide de mots et empli de mes tentatives désespérées de donner du sens à ce qui m’entourait pour me permettre de deviner, de croire, de mettre en sens – et survivre. Ne pas sombrer. M’accrocher par la raison. Mais qui comprit cela ?
    Ce monde de raison qui m’entoura longtemps essaya de me convaincre de sa justesse et du fait que j’avais tellement, et si souvent, tort.
    Une partie de vie guidée par la raison, et moi essayant par la même raison d’y comprendre quelque chose.
    Je me laissai faire, doutant au plus profond de moi de ce que, pourtant, je savais déjà.
    Je me défis de l’emprise de ce monde de raison au prix d’efforts longs et douloureux. Mais la liberté intérieure acquise est délice. Celui d’un apprendre à penser par soi-même, en liberté, sans autorisations extérieures. Une deuxième naissance.
    Il me semble que l’expérience des autres nous sert si peu lorsqu’elle enferme comme elle m’a enfermée.
    ZS

  4. Bonjour,
    J’effectue une recherche sur la géophagie (absorption de terre), pratique répandue notamment chez les femmes africaines. Vous qui demandez la bénédiction de la terre (nourricière !) pouvez-vous m’aider à approfondir cette recherche : très peu d’articles existent à ce jour sur cette pratique. merci infiniment et aussi pour la pertinence de vos idées et de votre engagement si nécessaires à la bonne seantée mentale de notre psychologie occidentale

  5. Bonjour

    Vos idées sur le rêve me paraissent justes et je peux vous dire qu’ayant suivi une analyse lacanienne j’ai pu expérimenter des rêves liés directement avec ma vie de tous les jours et particulièrement des rêves tournés vers le proche avenir (actions, projets proches).
    Cette façon de concevoir les rêves est donc aussi celle de psychanalystes mais sans doute peu fréquente.

  6. si « toute création est oeuvre de la terre » j’ai du travail à accomplir et je reviens à cette notion de ‘colère’ sur laquelle vous avez tant relancé Catherine Clément, sans réponse de sa part..
    Après 2 ans passé en Asie ou certaines colères se sont envolées ou enfoncées dans la terre, je me dis que peut-être, je vais pouvoir commencer à créer donc à construire ce qui demande de l’intelligence..
    J’aime la poésie mélancolique et joyeuse de votre ‘prière’

  7. toujours à l’éveil pour lire ce qui se passe du côté de Tobie Nathan (que j’ai aussi entendu ! et vers lequel, de mon fait(ma minuscule influence de « liberté » de parler et faire) s’est orientée une jeune femme pour étudier et qui s’en est mieux portée.
    sur l’évocation de la terre et de THEANDAV, je me souviens d’une femme internée depuis son enfance , et qui s’échappait continuellement nue dans le jardin du pavillon de l’asile, où elle mangeait la terre qu’elle mettait dans une canette qu’on lui renouvelait!

  8. Bonjour de la cousine d’Alexandrie qui vient corriger l’adresse mail; « Du Nil à la Saone « Petite contribution à la saga des migrants

  9. A la suite d »Ethno-Roman Je vous ai remis un petit fascicule avec une erreur d »adresse je viens la rectifier En vous remerciant par avance de bien vouloir en tenir compte. Merci pour tout le travail sur les migrants et surtout pour le regard critique et pertinent sur la psychanalyse

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