Les tubes, ces diables de musiques

au sujet du livre d’Emmanuel Poncet,  Eloge des Tubes. De Maurice Ravel à David Guetta, qui vient de paraître aux éditions NiL.

Le cerveau humain est le contraire d’une caméra ou d’un magnétophone. Il ne voit pas, il imagine ; il n’écoute pas, il se souvient. Les machines enregistrent le présent, notre cerveau se projette dans l’avenir ou ressasse le passé.

Et quelquefois, c’est comme si notre esprit se recouvrait de vêtements sonores, des musiques, des airs, des chansons. Nus avons été envahis par des virus sonores, qui s’installent là, débitant indéfiniment les ritournelles des journées entières sans que l’on puisse s’en débarrasser.

Ce sont ce qu’on appelle des « tubes ».

C’est Boris Vian qui, lors d’une réunion chez Philips où il était directeur adjoint, proposa le mot « tube » pour désigner ces chansons qui passent sur les ondes à longueur de journée, qui nous parasitent et parviennent à nous habiter. « Tubes » parce qu’il considérait qu’elles étaient creuses, ces chansons. Auparavant, on les appelait « des scies » ou « des saucissons »… C’est sans doute à cause de ce nom que Boby Lapointe écrivit sa chanson « le saucisson de cheval ».

Emmanuel Poncet

C’est donc, aux « tubes », ces objets sonores qui envahissent notre espace, qui sont la matière première de bien des radios et qui, quelquefois viennent habiter notre cerveau que Emmanuel Poncet, un ancien de Libé, actuellement rédac-chef adjoint du magazine GQ, vient de consacrer un livre hors du commun qui traite de ces choses futiles… de ces objets si importantes qu’on ne les voit pas. Le livre s’intitule Eloge des Tubes. De Maurice Ravel à David Guetta et il vient de paraître aux éditions NiL.

C’est très érudit, un peu provocateur sur les bords, considérant I gotta feeling des Black Eyed Peas, Poker Face de Lady Gaga ou Cette année-là de Claude François, comme des objets culturels en soi, qui méritent une attention experte. En matière de « tubes », ce seraient là des chefs d’œuvre, non pas seulement à cause de leur réussite commerciale — I gotta feeling (that tonight gonna be a good night) a été vu 119 millions de fois sur Youtube — mais du fait de leur capacité à se constituer en virus sonores. Emmanuel Poncet confie même que c’est à cause de l’installation de ce virus dans son cerveau, qu’il a écrit le livre, pour s’en débarrasser, si on veut.

Belle idée que ce livre qui s’attache à comprendre les éléments de notre culture la plus actuelle, ces tubes qui, devenant maintenant des extraits digitaux, sautent d’un support à l’autre, habitent nos sonneries de téléphone, se logent dans les publicités, sont devenus bien plus encore que les tubes d’autrefois, comme le Bolero de Ravel, par exemple, des sortes de diables, des tunes, des « toons ».

TN

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