Une recension dans le Figaro du 20 juin 2012

Psychothérapie démocratique

par Tobie Nathan et Nathalie Zajde

Paris, Odile Jacob, 2012, 287 pages, 22 € 90

par CAROLINE DE MALET

FAUT-IL voir dans ce livre un nouvel épisode de La Guerre des psys? On pourrait le craindre, son auteur ayant contribué au Livre noir de la psychanalyse, qui fit grand bruit en 2005.

De fait, Tobie Nathan, professeur de psychologie à l’université de Paris VIII, est avant tout un des principaux représentants de l’ethnopsychiatrie, qui considère le patient dans son univers familial et culturel. Nathalie Zajde, avec laquelle il cosigne ce nouvel ouvrage, s’est pour sa part beaucoup intéressée aux enfants de la Shoah. Ensemble, ils nous proposent de revisiter certains des concepts de la psychanalyse en enrichissant les psychothérapies modernes de l’expérience des autres cultures et des pratiques des chamans ou guérisseurs.

En se basant sur les travaux de Freud et de Ferenczi sur le traumatisme et les névroses de guerre, Nathalie Zajde montre ainsi, à travers plusieurs cas cliniques de patients issus de sociétés traditionnelles, que «prendre en compte les étiologies du système de pensée propre à la culture du patient, c’est ouvrir un champ d’exploration d’une richesse insoupçonnée». Tobie Nathan considère même que le traumatisme, dans certaines sociétés rituelles, peut s’avérer un passage obligé nécessaire à la maturation de l’enfant.

Le credo de ce dernier est clair : la diversité des approches thérapeutiques doit être vue comme une chance. Comme il l’a déjà expliqué dans son ouvrage précédent, La Guerre des psys, les querelles de chapelles, notamment entre psychanalystes et comportementalistes, qui cristallisent toutes les tensions depuis quelques années, sont stériles. Seule lui importe la nécessité pour la psychanalyse de se renouveler, dans un souci de transparence. Cela rend inévitable à ses yeux l’évaluation des psychothérapies.

Le cas des associations de parents d’enfants autistes ayant récemment publiquement mis en cause la psychanalyse dans son approche de cette maladie l’encourage d’ailleurs dans cette voie. « On ne pardonnera pas à la psychanalyse et aux psychothérapies dynamiques d’avoir raté le rendez-vous de l’autisme. (…) Déjà les parents d’enfants dyslexiques prennent le train en marche. Ils se constitueront nécessairement en groupe de pression et tenteront de faire entendre leurs arguments auprès des instances politiques. Le contre-pouvoir surviendra nécessairement des associations d’usagers. » C’est ce que Tobie Nathan appelle la «psychothérapie démocratique », qui prend en compte les témoignages des groupes d’usagers, en toute transparence, pour aider les thérapeutes à affiner leurs méthodes et les évaluer.

Celui dont l’approche a été souvent placée sous les feux de la critique et parfois considéré comme un ennemi de la psychanalyse montre ainsi une nouvelle fois avec ce livre, qui intéressera autant les néophytes que les spécialistes chevronnés, que son point de vue est beaucoup plus nuancé. L’adage ne dit-il pas: qui aune bien châtie bien?

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