Plus je fais l’amour…

à propos du collectif qui vient de paraître aux éditions Pluriel, Amour et sexualité

Pour préparer les vacances, la sortie en poche de l’excellent collectif sur l’Amour et la sexualité — pour moins de neuf euros, tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe… sur la prostitution sacrée à Babylone, Adam et Eve, la passion pour le corps viril à Athènes, la liberté des amours paysannes au Moyen Age, sur la passion amoureuse, sur les perversions — surtout en fantasmes — du pauvre marquis de Sade, sur le procès d’Oscar Wilde et sur la révolution sexuelle des années ‘60’.

Un beau volume,  avec des textes érudits de Jean Bottéro, Claude Mossé, Paul Veyne, Jacques Le Goff, Philippe Ariès et, entre autres, une analyse, assez subtile, de Anne-Marie Sohn, à qui l’on doit, le beau livre du baiser à l’alcôve et qui se consacre ici à dénombrer les verrous qui ont successivement sauté et les tabous qui demeurent en matière de sexualité. L’histoire du plaisir sexuel a toujours été trop chargée pour être fluide. Le plaisir constitue pourtant l’un des ressorts fondamentaux de la vie sociale.

Ici, des historiens connus nous invitent au secret des alcôves — amours conjugales, adultères, obligations, contraintes, habitudes, interdits, de l’ancienne Sumer à nos républiques libérées, des amulettes de Babylone au viagra, et cette alternance, tout au long de l’histoire, de la rigueur morale au libertinage, un kaléidoscope qui s’arrête sur une question : le point central, ce qui fait rêver et courir les êtres humains, est-il destiné à demeurer à jamais dans le flou ?

Je voudrais rappeler à cette occcasion, avec les Mésopotamiens de l’antiquité, les Sumeriens d’abord, les Akadiens ensuite, que la sexualité est une activité divine et que, pratiquée par les hommes, elle les rapproche des dieux. Les textes anciens, datant de près de 5000 ans, sur les tablettes gravées d’écritures cunéiformes, rappellent que

« l’homme qui n’a pas pris femme, la jeune femme qui n’a été ni déflorée ni imprégnée, dont nul mari n’a détaché l’agrafe de son vêtement et écarté la robe pour la serrer contre lui et lui faire goûter le plaisir »

… ceux là sont des sortes de marginaux, voués à une existence malheureuse. Certes, le mariage était semble-t-il contraint et codé, comme souvent dans les sociétés patriarcales, mais l’amour libre, l’amour pour le plaisir était considéré comme un bien absolu, un don des dieux. Une belle histoire, celle d’Enkidu, compagnon de Gilgamesh, qui avait grandi comme un primitif dans la steppe auprès des bêtes sauvages. Alors, pour le sortir de son état arriéré, on lui expédie une professionnelle, une prostituée sacrée, et on lit dans le texte :

« … qu’elle découvrit sa vulve pour qu’il pût jouir en elle. Hardiment, elle le baisa sur la bouche et rejeta ses vêtements. Alors il s’allongea sur elle. Et elle lui montra, la belle, à ce sauvage, ce que peut faire une femme. »

Après six jours et sept nuits de plaisir, il la suit partout. Elle lui fait quitter sa steppe natale. Les animaux se détournent dès lors de lui. Il devient un homme au sens plein du mot, cultivé et civilisé. La sexualité pour sortir de la nature et accéder à la culture — voilà une fonction inattendue ! On trouve aussi quelques recettes, vieilles de 5000 ans pour favoriser l’amour d’un homme envers une femme, ou d’une femme envers un homme ou encore d’un homme envers un homme. Je vous en donne une. Je cite :

« pour obtenir qu’une femme porte les yeux sur le pénis d’un homme, Ishtar — l’un des premiers noms d’Astarté, l’ancêtre orientale d’Aphrodite et de Venus —, Ishtar, toi qui te délectes des pommes et des grenades, qui as créé le désir, monte et descends pierre d’amour ; entre en action à mon avantage ».

Amour, sexe et mobylette

Il suffit donc que vous répétiez cette phrase trois fois sur une pomme ou sur une grenade que vous ferez croquer à la femme (ou à l’homme) que vous désirez. Dès lors, l’objet de votre attention s’abandonnera à son tour au désir. Heureux temps, où l’on savait les bienfaits de l’amour et de la sexualité. Parcours des vicissitudes du plaisir sexuel au travers des époques, avec quelques temps vraiment obscurs, au moyen-âge, au 19ème siècle. Avant 1914, il était très rare que les époux se montrent nus l’un à l’autre — ils font l’amour en chemise et dans l’obscurité. Avant 1914, le baiser sur la bouche, pire encore lorsqu’on y mêle la langue, est d’une indécence absolue.

A la fin du XIXe siècle, il suffit encore à constituer le crime d’attentat à la pudeur. Il faudra attendre jusqu’aux années soixante, avec une explosion spectaculaire lors des événements de mai 1968 où l’on pouvait lire sur les murs de Paris des phrases tirées du Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations de Raoul Vaneigem, « jouir sans entraves », ou encore cette phrase incroyable, qu’on pouvait lire sur les murs de la Sorbonne :

« Plus je fais l’amour, plus j’ai envie de faire la révolution ! »

ça dure encore…

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