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Par Frédérique — Frédérique est expert Musique, disquaire à Fnac Montparnasse

Frédérique — FNAC

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Rentrée Littéraire 

Tobie Nathan est ethnopsychiatre, disciple de Georges Devereux, enseignant, thérapeute, essayiste, mais aussi romancier. Avec un tel pedigree on pourrait craindre des romans trop intellectuels, trop documentés ou didactiques, bref une littérature difficile. Au contraire, Tobie Nathan est un conteur né et sait nous entraîner dans les aventures de son héros Zohar, nous y associer au point que son récit nous tient en haleine et ne nous lâche qu’à la dernière page, et encore…

Un récit plein de magie

Éditions Stock — le 19 août 2015

Éditions Stock — le 19 août 2015

Pour ce neuvième roman, Tobie Nathan nous emmène au Caire en 1925, sa ville natale, dans la communauté juive dont il est lui-même issu. Nous sommes en 1925, entre les deux guerres, et l’Egypte est à l’aube de grands bouleversements. Notre héros Zohar va bientôt naître dans le ghetto juif mais avant toute chose, il nous faut découvrir ses parents et comprendre les circonstances de sa naissance, des circonstances empreintes de magie, voire de sorcellerie, une constante dans tout le roman. En bon ethopsychiatre, Tobie Nathan, tout conteur qu’il est, n’oublie jamais de nous replacer dans le vrai contexte, celui des croyances de ses héros, qui sont leur moteur et sous-tendent leurs choix et leurs réactions. Et cela fonctionne. Comme Esther, la mère de Nathan, nous croyons que Zohar n’est pas seulement le fils de ses parents mais aussi celui de forces plus obscures. Comme les habitants de la ruelle Haret el Yahoud, nous croyons aux prophéties de Motty, père de Zohar aveugle mais doué d’un don de voyance. Comme la plupart des protagonistes, nous apprenons à tenir compte des rêves, souvent prémonitoires, et des autres signes que le destin envoie. Tobie Nathan nous plonge dans les ruelles populaires du Caire, dont les habitants, qu’ils soient juifs, chrétiens ou musulmans sont fatalistes et superstitieux, croyant aux djinns et aux démons, enclins à rire de leurs propres malheurs comme de ceux des autres. Un monde truculent qui rappelle les romans de Naguib Mahfouz ou L’immeuble Yacoubiand’Alaa el Aswany.

L’histoire se mêle à l’Histoire

Zohar est débrouillard et opportuniste et va se frayer un chemin jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir, faisant de luiun témoin privilégié d’événements aussi importants que la montée des Frères Musulmans, le rapprochement du roi Farouk avec les nazis, l’émergence du mouvement d’indépendance avec l’arrivée du parti Wafd auquel appartient Nasser, la naissance de l’état d’Israël. Le contexte historique est très dense et très présent, donnant plus de portée encore au récit des aventures de Zohar qui sont elles aussi riches de péripéties. Zohar est né de (presque) rien, mais son histoire, y compris son histoire d’amour avec Masreya, sa sœur de lait, va se mêler à la grande Histoire de son pays. Le monde dans lequel Zohar évolue est en train de disparaître et son propre destin sera comme le reflet de ces bouleversements.

Un roman musical

Autre élément très important : la musique. Ce n’est pas un hasard si les trois textes en exergue du livre sont des chantsqui viendront ponctuer le récit tels des leitmotiv au sens propre du terme, exprimant tout autant la passion, l’amour éternel et indéfectible et la sensualité : le Cantique des Cantiques, une chanson de Farid el Atrache  et une autre de sa sœur, la belle et mystérieuse Asmahan. Car le grand amour de Zohar, c’est Marseya, fille de Jinane la chanteuse, danseuse et chanteuse elle-même, grande séductrice, et liée à Zohar par un lien surnaturel. Les grandes figures politiques ne sont pas les seuls grands personnages que l’on croise dans ce roman : Mohamed Abd el Wahab, un des compositeurs d’Oum Kalsoum ou Farid El Atrache Le crooner égyptien de l’époque font aussi leur apparition. La musique, que ce soit sous forme de prières, d’incantations magiques et surtout de chansons d’amour est omniprésente, faisant de ce récit un véritable roman musical.

Je me garderais bien de révéler quoi que ce soit de l’intrigue vous réservant tout le plaisir de la découverte. Sachez simplement que ce neuvième roman de Tobie Nathan risque tout bonnement de vous ensorceler.

Mais au fait Tobie Nathan n’aurait-t-il pas pratiqué quelque rituel magique avant de l’écrire ?

Ce Pays qui te ressemble de Tobie Nathan (Stock) sur Fnac.com

Je ne peux résister à l’envie de vous mettre dans l’ambiance avec ce clip de la chanson d’Asmahan 

 

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