L’adoption

Dans le cadre de l’Université Populaire du Musée du Quai Branly,

Une conférence de Tobie Nathan sur l’adoption

le mercredi 14 décembre à 18h30

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L’adoption, en tant que modification de la filiation d’un enfant, est un phénomène relativement récent et surtout profondément ancré dans une culture où l’on pense que l’environnement est plus important que les ancêtres. Dans d’autres mondes, éloignés dans le temps ou dans l’espace, on semble plus circonspect devant la traversée des lignages. Comme si on savait qu’elle n’est jamais anodine, transformant les êtres et mobilisant les forces. Cette thématique sera illustrée d’exemples récents et de récits anciens issus des mythes et de la littérature.

Entrée libre

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Entre les langues : Un atelier d’écriture avec Tobie Nathan

tn_lesmotsEntre les langues

Par : Tobie Nathan   /   FÉV. – AVR. 2017   /   Jeudi   /   Littérature

L’endroit d’où surgissent les récits : « Entre les langues ». Langue-mère de ceux qui, nés et grandis dans une langue, écrivent en français. Langue du pays perdu des immigrés et enfants d’immigrés. Langue des grands mères, comprise mais peu parlée. Langue des berceuses de mamans venues d’ailleurs. Et celles auxquelles on ne pense pas spontanément, ces langues du peuple qui ont du mal à se frayer un chemin vers l’académie, les langues interdites, aussi, langues coupables des faubourgs …

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Tobie Nathan : « Moi président, j’installerai un interprète des rêves à l’Elysée »

logo_franceinfoTobie Nathan : « Moi président, j’installerai un interprète des rêves à l’Elysée »

Tobie Nathan, psychologue et écrivain. (JOEL SAGET / AFP)

Tobie Nathan, psychologue et écrivain. (JOEL SAGET / AFP)

« Onirocrite ! C’est le nom du nouveau métier que Tobie Nathan se hâterait de créer dès son arrivée à la présidence de la République. Onirocrite, c’est-à-dire interprète de rêves et pour bien montrer l’importance de cette fonction il nommerait le premier à l’Elysée.

Pour Tobie Nathan, comprendre ses rêves est essentiel :  « Dans les rêves de la nuit, il y a très souvent les solutions que l’on s’est posé éveillé » explique-t-il.  « Cet onirocrite vous aidera donc à réfléchir aux solutions que vous avez trouvé durant votre nuit et va vous aider à prendre des décisions plus raisonnables dans le cours de la journée.  C’est indispensable pour les gens qui décident » affirme-t-il.

« Quand vous incitez les personnes à regarder à l’intérieur d’elle-même, d’essayer de trouver des solutions qu’elles n’ont jamais imaginé, qui sortent des sentiers battus, à partir de ce moment-là, de nouvelles pensées apparaissent » dit Tobie Nathan.

Ce dont nous manquons, c’est de l’imagination et l’imagination on en a plein les rêves !

Tobie Nathan

Radios-rêves

tn_rtsSur RTS — la radio suisse

Egosystème, samedi 1er octobre 2016, 13h03, à l’heure de la sieste

Le passeur de rêves

Nous rêvons tous, plusieurs fois par nuit, même si notre mémoire nous fait défaut, nous connaissons tous ces phases de sommeil paradoxal où l’esprit nous raconte des histoires. Rêver est une chance et s’en souvenir est une bénédiction. Si pour certains, les rêves sont une manière d’apprivoiser la réalité vécue et de nous aider à comprendre, pour Tobie Nathan, ils ne sont rien d’autre que des messages pour nous préparer à l’avenir. Dans chaque histoire rêvée, il y a un message, il faudrait donc les considérer comme des guides.

Professeur de psychologie, spécialiste en ethnopsychiatrie, Tobie Nathan nous dresse une carte des rêves et éclaire nos nuits à sa manière.

Dans la presse…

Dans La Libre Be du 26 septembre 2016

Un article de Eric de Bellefroid:

L’étrange théâtre de nos songes

Entrer dans « Les Secrets de vos rêves » avec Tobie Nathan. L’exploration d’un univers onirique à interpréter au-delà des évidences.

logo_lalibrebeRêver un impossible rêve, au bout d’une espèce de quête inaboutie de l’inaccessible étoile. Parmi « les forêts touffues de nos nuits« , comme dit aussi Tobie Nathan (Le Caire, 10 novembre 1948), psychologue émérite, héritier de Georges Devereux, fondateur de l’ethnopsychiatrie. Tobie Nathan qui élucide pour nous les secrets de nos rêves, cette perpétuelle aventure noctambule dont on se réveille, au petit matin, échevelé, ébouriffé, hagard. Sans directement percevoir le sens de cette mise en scène, mais en saisissant parfaitement, décidément, que l’inconscient est tellement plus inventif que l’état d’éveil. Le rêve, en somme, serait plus intelligent que le rêveur.

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« Dormir, c’est mourir un peu », on le savait, mais c’est également renaître aussitôt. Dût-il tirer de son dernier livre une certitude, le Pr Nathan affirme qu’« on rêve de questions fondamentales, de philosophie de la vie, de métaphysique ». Le couple y est omniprésent : « En rêve, nous sommes tous polygames, tant les hommes que les femmes… Non parce que le rêve autorise l’expression de pulsions perverses, comme on nous l’enseignait naguère encore, mais du fait qu’il brasse inlassablement les possibles ». On passe en revue les chances qu’on n’a pas saisies, ou auxquelles on aurait renoncé.

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Dans Libération du 24 septembre 2016

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Apprenez à décrypter vos rêves !

Logo-EllePublié le 23 septembre 2016 à 21h30

Apprenez à décrypter vos rêves !

Apprenez à décrypter vos rêves ! © Getty Images

L’interprétation des rêves demande un certain savoir-faire et beaucoup de bon sens. L’ethnopsychiatre Tobie Nathan nous l’apprend… et nous laisse songeur. 

Le 15 avril 1972 exactement, le jeune psy Tobie Nathan a posé une toute première question à sa toute première patiente : « Avez-vous rêvé la nuit dernière ? » Réponse : « Non, j’ai très bien dormi. » Devenu le maître de l’ethnopsychiatrie, romancier et essayiste fameux, il en est encore sidéré : lui, le juif venu d’Égypte, grandi dans un monde où le rêve est une bénédiction, un message délivré comme un cadeau, il avait découvert, stupéfait, que l’on pouvait parfois considérer le rêve comme le symptôme de quelque chose qui ne va pas! Dans son deuxième livre consacré aux rêves, Tobie Nathan se penche sur le message qu’ils viennent nous délivrer, et explique en quoi ils sont une aide puissante pour notre vie. Dans « Les Secrets de vos rêves »*, il décortique en conteur érudit les rêves envoyés par des anonymes: autant d’énigmes à décrypter. À chaque fois, le songe vient éclairer la vie. C’est tout un art, c’est passionnant. Explications.
ELLE. Pourquoi devrait-on dire « J’ai eu un rêve » plutôt que « J’ai fait un rêve » ?
Tobie Nathan. La psychanalyse a brouillé les cartes en laissant penser que c’était nous qui rêvions, et que les rêves étaient l’expression de notre désir. Pourtant, chacun en fait l’expérience, nous ne sommes pas actifs quand nous rêvons. On n’a pas le sentiment de fabriquer son rêve, mais plutôt d’en être le spectateur. D’ailleurs, en arabe, on dit: «J’ai vu un rêve.» Cela correspond à la réalité physiologique, car on sait maintenant, grâce aux recherches en neurosciences, que les yeux sont particulièrement actifs lors des périodes de rêve. De nombreuses cultures pensent que les rêves sont envoyés par des esprits, Dieu, des démons, des sorciers… autant de choses extérieures à soi.
ELLE. Notre culture n’y prête pas vraiment attention…
Tobie Nathan. Non, et je suis très frappé que notre monde se prive d’informations créatives aussi fondamentales. Pour les Indiens d’Amérique, les rêves sont plus importants que la réalité, rien ne peut arriver qui n’ait d’abord été rêvé. Ils disent : « Rêve est venu me visiter. » On retrouve la même idée dans le Zohar, le livre d’interprétation de la Torah datant du XIIIe siècle. « Rêve » nous adresse un message particulier.
ELLE. Et même, à vous lire, il propose des solutions à nos questionnements ?Tobie Nathan. Oui, un éventail de solutions possibles et logiques. C’est ce que disent beaucoup d’autres cultures, et depuis peu aussi les psychologues cognitivistes. Ils ont fait des expériences en posant des énigmes logiques un peu compliquées, comme dans les tests d’intelligence, à des volontaires. Quand ils ne savaient pas les résoudre, on leur disait : « On verra demain », et ils s’endormaient au laboratoire. Au réveil, si l’énigme était apparue lors du rêve, la personne savait la résoudre… Cette idée était déjà présente en Afrique, ou même chez les kabbalistes du XIIe siècle : ils posaient une question – en général une question de doctrine – à Dieu avant de s’endormir… Normalement, Dieu répondait dans la nuit!

« LE RÊVES NE S’ATTARDE PAS SUR LES PETITS DÉTAILS DU QUOTIDIEN, MAIS POSE LA QUESTION DU SENS PROFOND DE NOTRE EXISTENCE. » TOBIE NATHAN

ELLE. Avez-vous déjà essayé avec des problèmes de votre vie quotidienne ?

Tobie Nathan. Bien sûr. Mais, avant de s’endormir sur une question, il faut arriver à la formuler de manière claire. Certains le font spontanément, comme la rêveuse dont je parle dans mon livre, qui pose des questions à sa tante morte avant de s’endormir. Cela peut être vraiment trivial, comme : « Est-ce que le mec qui m’a regardée au boulot a des sentiments pour moi ? » Mais la difficulté, c’est que sa tante ne lui répond jamais directement. Elle peut dire par exemple : « Prends garde aux champignons ! »

Elle du 23 septembre 2016

Elle du 23 septembre 2016

ELLE. C’est ici qu’intervient la délicate mission d’interprétation. Vous dites que les dictionnaires de rêves ou de symboles sont bidon…

Tobie Nathan. Oui, parce qu’on ne peut pas interpréter un rêve de manière automatique. Ces symboles sont des consensus culturels à un moment donné de l’histoire. Prenons l’exemple d’une phrase fameuse dans « Œdipe roi », de Sophocle : Œdipe commence à avoir de plus en plus de doutes sur le fait que sa femme est en réalité sa mère. À un moment, elle lui dit pour le rassurer : « Arrête avec tes questions, bien des hommes ont rêvé qu’ils s’accouplaient avec leur mère. » Généralement, on se sert de cette phrase pour montrer que le désir incestueux existe de manière universelle. Mais cela fait quarante-cinq ans que j’écoute des patients, et jamais je n’ai entendu ce rêve-là. Parce que cela n’existe pas chez nous. Et dans la culture grecque, à cette époque, cela avait un sens codé : coucher avec sa mère, c’était revenir dans la terre patrie… Cela change tout !

ELLE. Pourtant, ces interprétations sont toujours vivaces…

Tobie Nathan. Oui. Le plus ancien livre d’interprétation des rêves dont nous disposons est celui d’Artémidore d’Éphèse et date du IIe siècle. C’est un livre fabuleux qui a été pillé sans arrêt… jusqu’à toutes les explications simplistes que l’on trouve aujourd’hui sur Internet ! Les gens ont très peu d’imagination pour l’interprétation. C’est un art très difficile.

ELLE. De quoi rêve-t-on le plus ?

Tobie Nathan. Des grands choix de vie, des embranchements importants. Par exemple, on rêve beaucoup de son ex, de celui ou de celle qu’on a quitté(e). C’est un aliment typique pour le rêve qui pose sans arrêt cette question de fond : quelle est ma stratégie de vie ? Aurais-je pu en choisir une autre ? Suis-je passé à côté de quelque chose ? Le rêve ne s’attarde pas sur les petits détails du quotidien, mais pose la question du sens profond de notre existence.

ELLE. Et si un rêve se répète à l’identique chaque nuit ou presque ?

Tobie Nathan. C’est qu’il n’a pas été entendu. Cela peut durer des années… Surtout quand il n’est pas interprété par un tiers et qu’on ne sait pas quoi en faire. On peut imaginer que ces rêves-là impliquent trop de changements profonds. Par exemple, un rêve qui dirait : « Tu t’emmerdes avec ton mari, tu dois te trouver autre chose dans la vie », ce n’est pas simple à entendre !

ELLE. Alors qui peut nous aider à décrypter un rêve… Un psy ?

Tobie Nathan. Un psy, pourquoi pas, s’il est ouvert à la question de façon pas trop théorique. Ou un prof, un maître, un guide, quelqu’un de bienveillant dont vous reconnaissez l’influence. Dans le Talmud, il y a une centaine de pages sur l’interprétation des rêves. On lit qu’à une époque il y avait vingt-quatre interprètes de rêves à Jérusalem. Un homme voulait savoir s’il s’agissait de gens sérieux. Alors il est parti raconter son rêve aux vingt-quatre interprètes. Et il a reçu vingt-quatre interprétations différentes. Conclusion très drôle du texte : « …Et elles se sont toutes réalisées » !

ELLE. Quelle différence faites-vous entre le rêve et la prémonition ?

Tobie Nathan. Tous les rêves sont prémonitoires en un certain sens puisqu’ils fabriquent des hypothèses pour l’avenir. Mais l’avenir ne sera jamais exactement identique à ce qui a été rêvé. Si je rêve que mon enfant est mort ou que mon mari s’est noyé, je peux craindre que cela ne se passe réellement. D’où l’importance d’avoir un tiers pour analyser le rêve. Mais l’interprétation n’est pas une science exacte, c’est de l’art! Il faut avoir l’idée qui dénoue le rêve. Par exemple : « Tu as rêvé que ton enfant allait mourir, c’est en réalité qu’il va quitter la maison et qu’il faut que tu t’y prépares, voyons dans ton rêve quelles pistes te sont proposées pour cela… »

ELLE. Quelle clé pouvez-vous donner quand même pour approcher un peu le sens de son rêve ?

Tobie Nathan. Faire attention aux détails qui dénotent dans l’histoire, logiquement, sans chercher des symboles ou des trucs compliqués. Dans un rêve que je raconte dans mon livre, une femme est agressée par un homme et se dit : « Je ne peux pas me défendre. Ah, si, j’ai ma lime à ongles ! » C’est curieux, comment se défendre avec une lime à ongles? Si on considère que la séduction est une arme, ça marche. Voilà une piste. Souvent, les clés sont à portée de main. Mais rien ne remplacera jamais l’écoute extérieure, ni les conseils concrets, comme je le fais dans mon livre, du type « Va te baigner dans une source de ton enfance ». Cela déclenche une énergie fantastique !

« Les secrets de vos rêves », de Tobie Nathan (éd. Odile Jacob).

Cet article a été publié dans le magazine ELLE du vendredi 23 septembre 2016.
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État d’esprit avec Noëlle Breham sur France Inter le dimanche 25 septembre

France Inter avec Noëlle Breham

France Inter avec Noëlle Breham

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Un moment de rêve avec Flavie Flament sur RTL le 19 septembre 2016

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un moment matinal avec Jean-Jacques Bourdin le 14 septembre 2016

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et…

une ITW parue dans l’OBS n° 2705

Qui détient la clé de nos songes ?

Le psychologue Tobie Nathan publie « les Secrets de vos rêves » (Odile Jacob), un manuel à l’usage des rêveurs qui veulent percer le mystère de leurs visions nocturnes.

PROPOS RECUEILLIS PAR SYLVAIN COURAGE

Illustration d’ÉLOÏSE ODDOS

Comment en êtes-vous venu à vous intéresser au rêve ? Est-ce vraiment un objet d’étude ?

Dans l'OBS du 8 septembre 2016

Dans l’OBS du 8 septembre 2016

Nous autres, modernes, avons tort de négliger le rêve, ce brainstorming installé au cœur de nos nuits, qui nous permet de trouver des solutions inattendues, d’inventer, de nous renouveler… Mon livre est un plaidoyer pour se ressaisir de cette fonction.

Autrefois, on prêtait au rêve — ailleurs on lui prête toujours — des vertus divinatoires. Au XVIIème siècle, la chasse aux sorciers — surtout aux sorcières —, au XVIIIème un culte naïf de la raison, ont presque eu raison de lui. Fin du XIXème, début du XXème, Freud l’a invité, non sans mal, dans l’univers scientifique. Mais il a privilégié une interprétation des rêves tournée vers le passé — traumatismes de l’enfance, désirs refoulés… J’ai fait mes classes, au sein de cette pensée freudienne qui est devenue immensément populaire. Mais des progrès dans plusieurs disciplines ont modifié mon approche. Et avant tout la neurologie qui a montré que durant le sommeil paradoxal, au moment où on est parvenu au plus profond du sommeil, alors que notre corps est paralysé, le cerveau se réveille, les yeux sont en mouvement et le sexe en érection… celui des hommes comme celui des femmes. C’est dans cet état, purement instinctif, que surviennent les rêves les plus longs et les plus élaborés. Le rêve ne peut par conséquent être l’expression d’un désir, puisqu’il est une machinerie automatique — car on ne peut pas ne pas rêver ! Quatre à cinq fois par nuit, inéluctablement, se reproduit cette phase de sommeil paradoxal.

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Comment l’ethnopsychiatrie dont vous avez fait votre spécialité contribue-t-elle à mieux comprendre les rêves ?

Depuis 45 ans, je m’occupe de patients immigrés. J’ai ouvert une consultation spécialisée et un centre universitaire consacré à l’ethnopsychiatrie. J’ai découvert avec mes patients des univers, des modes de pensée et d’action — autant de manières d’interpréter les rêves. Dans certains univers, amérindien notamment, le rêve joue un rôle capital. Là, rien ne peut survenir dans le monde qui n’ait auparavant été rêvé par une personne. À l’inverse de notre pensée, c’est le rêve qui confère la réalité aux événements et qui conditionne les comportements des hommes.

Mais nous ne sommes pas des indiens d’Amérique ! S’il ne prédit pas l’avenir comme le pratiquent les shamans et s’il n’est pas l’expression de désirs refoulés comme l’a postulé Freud, à quoi peut bien servir le rêve, selon vous ?

Des expériences ont montré que le rêve ne sert ni à fixer la mémoire, comme on l’a longtemps cru, ni à évacuer les tensions de la journée. Des approches cognitivistes ont montré de manière expérimentale que le rêve contribuait puissamment à la résolution de problèmes ou d’énigmes posés au rêveur avant son sommeil. C’est ce qui m’a mis sur la voie. J’ai acquis la certitude que le rêve est une machinerie destinée à inventer des solutions imprévues. Combinant de manière aléatoire fragments d’images, restes visuels, sonores et même olfactifs et pensées, notre cerveau produit ces petits films singuliers que sont nos rêves où nous sommes quelquefois acteurs, toujours spectateurs et jamais réalisateurs. Impressionné par ce qui lui a été donné à voir, le rêveur n’a de cesse que de trouver une signification à son rêve. Fonction complexe, qui produit du neuf surprenant et contraint le rêveur à en chercher le sens chez un tiers. Comme vous pouvez l’imaginer, de multiples interprétations sont possibles pour chaque rêve. C’est que le rêve n’a pas de signification prédéfinie ; il constitue une contrainte à l’interprétation. Nous devons en conclure que le rêve est une activité mentale qui débute au cœur de la nuit, se poursuit silencieusement durant la veille jusqu’à rencontrer un tiers par la parole duquel il s’accomplit. De ce point de vue, on pourrait dire que tout rêve est prémonitoire, car il tend vers le lendemain.

 

Tobie Nathan Paris 2016

Tobie Nathan Paris 2016

Comment abordez-vous ce travail d’interprétation ?

Les gens m’adressent par e-mail des récits de rêves par l’entremise du mensuel Psychologies Magazine. Je m’entretiens longuement avec eux au téléphone. On fait le chemin à rebours, remontant du récit aux fragments d’images, puis aux pensées jusqu’à saisir le problème que tente de résoudre ce rêve-ci. Ce sont le plus souvent des rêves récurrents, qui se répètent et nous angoissent par leur insistance. Je n’ai accompli ma tâche que si j’ai pu prescrire une action, un geste ou une parole, qui libèrera le rêveur de l’emprise de son rêve.

Dans tous les cas, le rêve nous met en contact avec nos forces vives, notre capacité à inventer des solutions nouvelles. Ce serait dommage de s’en passer…

 

 

Bonnes pages des secrets de vos rêves

Les secrets de vos rêves

Illustrations d’Éloïse Oddos

Bonnes pages…

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Illustration d’Éloïse Oddos

De nos jours, les rêves d’« ex », d’anciens époux ou épouse, sont très fréquents, comme sans doute les rêves de co-épouses dans les sociétés polygames. Si notre régime matrimonial est celui de la monogamie, notre vie quotidienne au sein de groupes de plus en plus nombreux, nos ruptures amoureuses, nos nouvelles rencontres, celles qui aboutissent et celles qui restent à l’état d’ébauche, peuplent nos pensées, nos fantasmes et nos rêves. Sous le régime d’une polygamie virtuelle, au fond de nous-mêmes, nous restons fascinés par la multiplicité des possibles.

Avec qui se laisser aller, avec qui construire un temps son existence ? Souvent, nous avons fait un choix. Mais restent ceux que nous n’avons pas faits, nos chances manquées, nos évitements, nos renoncements. Ceux-là sont rémanents. Ils réapparaissent sous toutes les formes, dans nos pensées et dans nos rêves, pour réécrire l’histoire ou pour la poursuivre, ne fût-ce que virtuellement.

Ces réapparitions méritent d’être interprétées. Elles viennent éclairer le quotidien, impulsent de nouvelles idées pour l’avenir. Elles sont leçons du passé et stratégies d’existence.

En voici un, typique, celui de Laetitia.

Mon ex me regarde faire l’amour

Laetitia, 47 ans, banlieue lyonnaise

Rêve : Mon ex-mari entre brutalement chez moi accompagné de son chef. Ils ont passé la nuit à faire, à tour de rôle, l’amour à une cliente. Tous deux se vantent de leurs exploits sexuels avec cette jeune femme. C’est alors que mon ex propose à son chef de me faire l’amour pendant que lui regarderait. Dans le rêve, fragilisée par mon récent divorce, je me laisse faire, sans éprouver ni plaisir ni dégoût. Après l’acte, je me rhabille en silence, triste. Je me réveille profondément amère. Je me sens très mal depuis…

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Discussion : Tristesse dans le rêve, amertume au réveil… Laetitia se pense souillée de s’être livrée à un acte sexuel sans amour. Perplexe, elle se demande si elle ne révèle pas par ce rêve quelque penchant pervers. Pourtant, ce n’est pas ainsi qu’elle se perçoit. Mais ce qu’elle a pu lire ou entendre ici ou là sur la capacité des rêves à mettre à jour des désirs refoulés… Tout cela serait-il vrai ?

Lors de notre conversation téléphonique, je la rassure. Ce n’est pas ainsi qu’il faut considérer les choses. Un rêve n’est pas une photographie de notre inconscient, mais une sorte de pari sur l’avenir. Et puis, nous parlons de son mari, son ex-mari… La plus grosse déception de sa vie, l’effondrement d’une existence, comme un décor qui s’écroule laissant place à un champ de ruines.

Elle m’a raconté la relation fusionnelle qu’elle a entretenue durant 25 ans avec lui, l’univers qu’ils avaient construit, à deux. Ils se sont connus à 20 ans ; ont découvert l’amour ensemble… et la vie. Tous deux encore étudiants, ils se sont stimulés, ont réussi de bonnes études. Lui s’est trouvé une situation confortable et elle un métier qu’elle aime, qui lui a permis de se réaliser, d’exprimer sa créativité. C’était une relation « à l’ancienne » : il était à la fois son mari et son guide, le capitaine de leur navire.

Mais un jour, elle a découvert qu’il menait une double vie, entretenant depuis des années une liaison avec une collègue de bureau. Questionné, il a nié. Laetitia a eu recours aux services d’un détective. Elle lui a mis le nez dans ses fourberies et ses mensonges, l’a contraint à reconnaître son infidélité. Et depuis lors, c’est un désastre ! Séparation, avocats, disputes, divorce… Et quelquefois, elle s’interroge. N’aurait-il pas mieux valu ne rien savoir, ne pas voir ? Je réagis : Voir ?… Voir, ce que l’on n’aurait pas dû voir. C’est précisément la question que pose son rêve.

Dans son rêve, Laetitia se donne à voir alors qu’elle s’adonne à une relation perverse avec le patron de son mari. Inversion dont les rêves sont coutumiers puisque c’est elle qui a révélé la perversité de son mari ; elle qui a vu ce qu’elle n’aurait pas dû voir. Retournement de situation : dans le rêve, le voyeur s’offre à la vue alors que le surpris surprend. Et de la passivité qu’elle se reprochait la voici devenue active.

Voilà donc le premier message du rêve : pour se sortir de l’ornière, il est primordial de transformer la passivité en activité.

Elle l’a fait, du reste, mais sur le coup de la colère, sans vraiment y croire. Après la séparation, Laetitia a entretenu quelque temps une relation amoureuse avec un autre homme. Il lui fallait prouver qu’elle était encore capable de plaire. Cette relation qui était une revanche exhibée à la face du mari n’a pas duré bien longtemps. Mais après cela, quelle tristesse finalement ! La confrontation les a laissés tous deux épuisés. Aujourd’hui, son mari est aussi triste qu’elle. L’exigence de vérité de Laetitia l’a coincée ; sa fierté l’empêche désormais de faire machine arrière.

Double aporie qu’aiment à traiter les rêves. Elle ne peut se satisfaire de la situation actuelle qui la contraindrait à penser que 25 ans de sa vie n’étaient qu’illusion ; elle ne peut davantage revenir en arrière, faire comme si elle n’avait pas vu la trahison de son mari. La solution qu’imagine le rêve : il lui faut changer !

Je lui fais remarquer combien elle était étonnée de cette relation sexuelle dans le rêve avec le patron de son mari, un homme qu’en réalité, elle n’a jamais rencontré. Avoir une relation sexuelle en rêve avec un supérieur, un patron, une patronne, un ministre, le Président de la République (ce qui n’est pas rare) prédit un changement dans son mode d’existence – promotion sur canapé dans le rêve, organisation délibérée de son avancement dans la vie. César n’a-t-il pas rêvé d’un coït avec sa mère avant de se décider à prendre Rome[1] ?

Voici donc la décision prise en rêve. Plutôt que s’acharner à résoudre la double aporie, il lui faut déplacer le problème, y revenir à partir d’une autre position, métamorphosée. Se réaliser davantage dans sa profession avant d’envisager une nouvelle relation amoureuse.

Voici donc le conseil que je lui ai donné :

Si vous avez cette relation avec le patron de votre ex-mari, c’est que vous allez changer dans votre métier. Dans les rêves, les relations sexuelles sont souvent le théâtre de notre vie professionnelle, sans doute du fait que l’on passe bien plus de temps à commercer avec son métier qu’avec son amour. Vous me l’avez dit, vous terminez une formation qui vous permettra de progresser. Vous réussirez, j’en suis persuadé. Permettez-moi seulement de traduire votre rêve par une formule : « plus indépendante et non pas soumise, plus désirable d’être différente »…

[1] Dans sa Vie de Jules César, Suétone raconte qu’alors qu’il était magistrat en Espagne et qu’il s’était langui devant la statue d’Alexandre pensant qu’à son âge l’autre avait conquis le monde, César fit un rêve durant lequel il violait sa propre mère. Les devins interprétèrent son rêve en lui rappelant que notre mère à tous était la terre et qu’il soumettrait, par conséquent le monde à sa volonté. Peu de temps après, César passa le Rubicon et s’empara du pouvoir à Rome.