tobienathan’s Blog

11 octobre 2009 · 3 commentaires

ne pas déranger les êtres lorsqu'ils sont en couples

Ne pas déranger les êtres lorsqu’ils sont en couples

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de Gaulle et moi…

8 mars 2009 · 8 commentaires

deGaulleMoiJe suis né après ma naissance. La France, mon pays, j’y suis arrivé un peu tard, en 1958 — comme de Gaulle au pouvoir — déjà âgé de dix ans, déjà fabriqué, pour ainsi dire. Je ne comprenais pas l’ambiance, de tristesse et de plainte qui y régnait alors. Mes parents n’avaient été ni déportés ni collabos, ni bofs ; et certainement pas de ces moutons que raillait le Général. Quand je suis arrivé en France, pourtant, chacun n’avait qu’une idée en tête — peut-être est-ce encore le cas aujourd’hui… ou du moins l’était-ce encore jusqu’à l’élection de Sarkozy, en 2007 — tout le monde n’avait qu’une idée, disais-je : régler les comptes de la guerre. Nous autres, Français, je l’ai compris depuis, nous nous acharnons en  argumentations, éternels opiniâtres de nos raisons… raison d’être pétainiste, raison d’être communiste, raison d’être pacifiste… en ces temps, il y avait encore de tout !
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Burundi

1 mars 2009 · Laisser un commentaire

 

 

Bujumbura — le lac Tanganyka à la tombée de la nuit

Bujumbura — le lac Tanganyka à la tombée de la nuit

« Ici, au Burundi, le soleil se lève à 6 heures et quart et se couche à 18 heures vingt — tous les jours que Dieu fait, tous les mois de l’année. Ici, à Bujumbura, il ne fait jamais moins de 22° ; jamais plus de 28°. Il n’y a ni hiver ni été, ni saison, ni raison. Hier, ils ont encore tiré. Qui ? Le saura-t-on ? Les rebelles ? L’armée ? Certainement les deux ; sans compter les voleurs, et d’autres aussi parmi les innombrables détenteurs d’armes à feu qui, profitant du désordre, lachent des rafales vers le ciel pour vérifier l’état de leur mitraillette. Là-haut, sur la colline, à Kiriri, le quartier que j’habite depuis maintenant un an, les kalachnikovs ont crépité durant deux heures la nuit dernière, flûtes enchantant le ciel de balles traçantes rouge fluo. Ce drôle de chant était scandé par des explosions de grenades et même quelques tirs de roquettes reconnaissables à leur long sifflement d’angoisse avant l’explosion. Ce matin, Emmanuel m’a dit qu’il s’était inquiété pour moi. Jacques lui avait parlé des explosions dans mon quartier. Il est vrai que cette fois, j’ai eu vraiment peur. Vers deux heures trente, une explosion plus forte que les autres a fait trembler les murs de ma maison. J’apprendrai tout à l’heure que le projectile est tombé sur la voiture de l’ambassadeur de Chine, à quelques maisons de la mienne. Le véhicule a littéralement explosé, ses entrailles fumantes exposées à la lune… »

 

 

monpatient1Ce texte est le début de Tobie Nathan, Mon patient, Sigmund FreudRoman. Paris, Perrin, 2006.

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Crocodile du Nil

1 mars 2009 · Laisser un commentaire

Mon ombre s’est embarquée un jour dans un bateau que je voyais s’éloigner assis sur une valise, sur un quai du port d’Alexandrie. Et je me dis «Pleure! Maintenant il faut pleurer! » Crocodile du Nil, les larmes sèches, désormais cramponné au rivage, métamorphosé en bois mort pour ne pas entendre cette voix qui sifflait dans un mauvais arabe : « Tu es toi! »

 

un oeil hors de l'eau

un oeil hors de l'eau

 

Voila des millions d’années que les crocodiles du Nil contemplent silencieusement le courant. Ils ont vu le Dieu-fleuve s’assécher et vagabonder certaines nuits dans le lit des rivières consentantes. Ils ont mordu les fellah, accueilli des ‘afarit, croqué des souliers mignons de filles de pharaons. Ils ont surveillé le Nil, s’étalant à perte de vue, le pied en Delta, se prenant pour la mer. Ils l’ont moqué, époux trompé des femmes répudiées des juifs et juge vendu de procès truqués d’esclaves. Ils l’ont consolé, se retirant avec lui dans de dignes hauteurs lorsqu’il subissait les bulldozers socialistes d’Assouan. Ils se sont vautrés dans son limon ; nul ne connaît comme eux la profondeur de sa matrice et les secrets de ses jouissances aveugles et torrides.

L’un d’eux, un petit vieux pelé aux écailles eczémateuses, a tristement sorti un œil de l’eau, puis a poursuivi sa lente nage millénaire, contre le courant…

Ce texte se trouve dans Tobie Nathan, Psychanalyse païenne, Odile Jacob 2000, p. 201.

 

Psychanalyse païenne

Psychanalyse païenne

 

 

 

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Tobie Nathan

28 février 2009 · 4 commentaires

Tobie Nathan

Tobie NathanPsy, prof et scribouillard — avec cette exigence de naïveté pour continuer à croire que l’on peut convaincre par la raison de ce que l’on a appris d’expérience.

Je demande à mes pères l’autorisation de parler en public.

Silencieux et humble devant le malheur, l’on se doit de partager la joie du savoir ; de combattre par toute la force de la pensée la banalité et l’ennui.

J’ai écrit, j’ai parlé, je me suis engagé, dans des luttes sociales, des combats théoriques, j’ai travaillé recherchant avant tout clarté et simplicité.

L’on m’a écouté, lu, imité, plagié, critiqué, calomnié, attaqué… Certains n’aimaient pas, je le sais, l’originalité dont je faisais preuve, ma liberté de penser, moi qui n’ai fait partie d’aucune chapelle, qui, sans doute à l’image de mon maître, répugnais aux idées courantes, à la vox populi

Je demande aux êtres la bénédiction de la terre.

Toute création est oeuvre de la terre. La banalité est pire encore que le mal — déguisée en prudence, elle prépare seulement l’alliance des brigands.

Je supplie les esprits de m’épargner les bandes, les groupes, les sociétés et les affiliés… les hordes, les meutes et les légions.

J’étais parti sur le chemin que m’avaient tracé les maîtres, imaginant éviter par le silence les pièges qui le parsemaient. Les embûches étaient obscures, à chaque embranchement ; les idées sont maudites par les nuées.

Quelles que soient les souffrances, les menaces ; quel que soit le monde, quels que soient les temps, je m’efforce de ne pas renier mon nom !

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