Mes biblioposts

Humeurs et plaisirs à la lecture d’un livre, vous trouverez ici :

« La Malédiction de Tirésias » à propos du livre d’Elisa Brune et Yves Ferroul, Le secret des femmes, publié en 2010 chez Odile Jacob.

« Autofliction« , des pensées et une analyse au sujet du bel « autoroman » de Claude Arnaud : Qu’as-tu fait de tes frères ? paru aux éditions Grasset cette année.

« Les Freudiens meurtriers » à propos de l’excitant psychopolar de Catherine Gildiner, Séduction, paru en Anglais, en 2005, en français chez JC Lattès en 2008 et en 10/18 en juin 2010.

« Paula et Rachel » à propos de Rachel-Rose et l’officier arabe, le huitième roman de Paula Jacques, paru au Mercure de France. Et dans la foulée…

« Paula, lumière de mes yeux« , à propos de Kayro Jacobi, juste avant l’oubli, le dernier roman de Paula Jacques, paru également au Mercure de France.

« Quelqu’un qui déteste le sport ne peut être une mauvaise personne » à propos du terrible Les disparues de Vancouver de  Elise Fontenaille, paru aux éditions Grasset.

« Son dernier mort« , à propos du dernier mort de Mitterrand, de Raphaëlle Bacqué, le récit de la mort d’un mort tué par un mort, paru aux éditions Albin Michel et Grasset.

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MAGDA vue par Tobie Nathan

Dans le Magazine des livres en kiosque le 20 novembre, une critique éclairée de Brigitte Bontour de Qui a tué Arlozoroff ? de Tobie Nathan

Qui a tué Arlozoroff ?

En Israël, l’expression « Qui tué Arlozoroff ? » signifie qu’on ne sait pas, qu’on n’a pas la solution à la question posée. Elle tire son origine de la mort jamais élucidée de Haïm Arlozoroff  tué sur une plage de Tel Aviv en juin 1933. Ce jeune dirigeant sioniste très populaire qui serait probablement devenu un homme politique de tout premier plan en 1948 si le sort en avait décidé autrement est au cœur du livre de Tobie Nathan.

 

En effet ce jeune  intellectuel  dont la famille, fuyant les pogroms russes, s’était installée à Berlin avant d’émigrer en 1924 pour la Palestine, fut une figure majeure de la future nation d’Israël.

 

Six mois avant la mort d’Arlozoroff, Hitler avait pris le pouvoir. Certains ont vu un rapport entre les deux évènements, d’autres ont mis en cause l’extrême-droite israélienne, mais personne n’a jamais été en mesure de prouver l’une ou l’autre hypothèse. Dirigeant du Mapaï, ancêtre du parti travailliste, Haïm Arlozoroff ne manquait pas d’ennemis  et rentrait de Berlin où il venait de négocier « les accords de transfert ». Accords qui permettraient aux juifs allemands de s’exiler en échange de leurs biens restés en Allemagne — et cela jusqu’en 1938. Une mesure très critiquée mais qui permit à des milliers de ses compatriotes d’avoir la vie sauve.

 

Toutefois le Haïm Arlozoroff qui intéresse Tobie Nathan est moins l’homme politique que l’amant adolescent de Magda Friedländer qui deviendra plus tard Magda Goebbels. Cet épisode est d’autant moins connu que  la jeune Magda très amoureuse d’Arlozoroff avait failli  émigrer avec lui pour la Palestine avant ses deux mariages : le premier avec un homme d’affaires de vingt ans son aîné et le second avec le ministre de la propagande, Josef Goebbels. Deuxième union qui eut pour témoin, Hitler en personne  et précipita cette femme velléitaire dans la folie nazie la plus totale, puisqu’elle se suicida le même jour que le chancelier après avoir tué ses six jeunes enfants.

 

Elle était d’autant plus embarrassante pour le pouvoir Hitlérien que, ni Magda l’égérie du Troisième Reich élevée par un beau-père juif qu’elle avait dénoncé par la suite, ni les dignitaires nazis ne pouvaient supporter l’existence  d’un amant juif qu’elle aurait suivant, la thèse de Tobie Nathan continué à voir jusque dans les années trente ! La disparition d’Arlozoroff  était donc dans ces conditions souhaitée par Goebbels et peut-être même par Magda.

 

C’est à travers le personnage de Ezra Moreno, un journaliste contemporain que l’auteur tente de résoudre les énigmes posées par les personnalités charismatiques qui furent à l’origine d‘Israël. L’ethnospsychiatre va jusqu’à échafauder dans son roman la thèse que les Allemands n’auraient fait la guerre que dans le but de tuer des juifs afin de s’approprier leur force par une sorte de cannibalisme mental primitif.

 

Thriller politique autant qu’élaboration historique, le livre contient aussi de belles descriptions de Tel-Aviv où l’auteur a été Conseiller culturel à l’Ambassade de France durant cinq ans.

Brigitte Bontour

 

Tobie Nathan

Qui a tué Arlozoroff ?

Grasset  425p

 

L’interprétation des rêves selon Tobie Nathan

— Indiscrétion —

Tobie Nathan publiera en janvier prochain aux éditions Odile Jacob un livre dont le titre hérissera à coup sûr les gardiens sourcilleux de l’école freudienne de psychanalyse : L’Interprétation des rêves. Ethnopsychiatre éminent, conseiller culturel près l’ambassadeur de France à Conakry, l’auteur y explique le fonctionnement des rêves et donne des exemples de leur interprétation chez les Grecs anciens, en Afrique, en Amérique du Sud, chez les musulmans, mais aussi chez… les psychanalystes !

publié par L’Express, le 29/11/2010

Croisements entre le roman et la psychanalyse

sur le site culturel de l’Université de Liège, une réflexion de Michel Paquot sur le croisement entre psychanalyse et littérature romanesque avec des remarques sur Jacqueline Harpman, François Emmanuel, Henri Bauchau, Jean-Bertrand Pontalis, Marie Darrieussecq, Philippe Grimbert, Michel Schneider, Tobie Nathan, Gérard Miller, François Gantheret, Karim Sarroub…

… et une brève recension de Qui a tué Arlozoroff de Tobie Nathan

—> Lire ici

une « critique libre » de « qui a tué Arlozoroff? »

sur le site CrtitiquesLibres.com, par Onir

fascinant…

Personnages historiques réels : Josef Goebbels, sa femme Magda, Adolf Hitler, et surtout Haïm Arlozoroff, présent partout dans l’Israël moderne — peu de villes qui n’hébergent une rue à son nom.

Passions obscures : la passion amoureuse de Magda, fille naturelle de la bonne d’un ingénieur allemand, ensuite adoptée par son beau-père juif, Richard Friedländer — passionnément éprise du jeune Haïm Arlozoroff, probablement son premier amour. Cet amour l’emporte dans une admiration sans frein. Elle veut se convertir au judaïsme; apprend l’hébreu, envisage de s’installer en Palestine avec lui…

—> Lire la suite

Les stratégies de la terreur

Les bases psychologiques du terrorisme, du fascisme ordinaire et de la terreur d’Etat

La conférence de Toulouse…

Merci à Joyce Aïn, avec qui j’ai eu l’occasion de travailler il y a fort longtemps; merci pour sa confiance, merci de me donner l’occasion de m’exprimer devant un public de cliniciens. J’ai beaucoup voyagé ces dernières années et mon discours, s’est naturellement imprégné des expériences de mon parcours.

Je voudrais développer devant vous une idée au travers de trois récits, qui sont une illustration de trois manières de laisser s’installer la terreur. Mais avant cela, il me faut prendre quelques instants pour définir les notions.

Il est deux principales causes à la terreur — cette émotion au delà de la peur, qui s’empare de tout l’organisme, paralysant en une même déferlante l’âme et le corps — je les désignerai rapidement en préalable, pour la clarté du propos.

La première est la perception d’une sorte d’ambiance, une atmosphère signifiante, la sensation de devenir un quiconque ; c’est une cause insidieuse, qui s’installe progressivement jusqu’à envahir l’espace mental de la personne, à en figer le fonctionnement, à rendre impossible toute expression singulière. Dans un tel environnement, la pression qui s’exerce sur l’individu chaque instant, dont il perçoit l’intense présence sans pouvoir en analyser les effets, lui faisant perdre ce qui le distingue, le rendant identique à son semblable, je l’appellerai « quiconquisation », puisqu’il s’agit précisément de la transformation d’un quelqu’un en un quiconque, parfois même en un rien.

La seconde cause à la terreur, est la conscience soudaine de l’invasion de son espace propre par un être d’une autre nature — un non-humain ; un animal parfois, mais pour autant qu’il se révèle un être à part entière, au fonctionnement singulier, aux motivations spécifiques et opaques aux humains. Il s’agit ici le plus souvent d’êtres décrits dans la mythologie, des non-humains connus dans la communauté de la personne quoique restant invisibles au commun. Ce sont des esprits, des démons, des diables ou même quelquefois des divinités. Tant il est vrai que la terreur est toujours associée à la rencontre avec les dieux.

L’expérience montre que ces deux causes de la terreur sont très souvent associées, entrelacées ; il est rare que l’on rencontre l’une sans l’autre. Avant d’entrer plus avant dans leur description, quelques distinctions s’imposent.

Il nous faut distinguer la terreur, qui jette à terre, qui terrasse, de la frayeur d’une part, qui est une émotion tout aussi intense, mais instantanée, agissant comme un coup porté à l’âme, produisant des séquelles, également nommées « traumatismes ; de la peur d’autre part, plus proche d’un sentiment, qui s’inscrit dans la durée, qui tient la conscience en éveil, lui rappelant sans cesse l’imminence d’un danger. Si des trois (la terreur, la frayeur et la peur), la peur est sans doute le sentiment le plus élaboré, pouvant s’installer à l’issue d’un raisonnement, la frayeur en est à peine l’ébauche, brisant l’élan de la pensée sur le point de s’épandre. Quant à la terreur, elle est l’impossibilité de toute expression, y compris celle de la peur.

C’est donc la terreur, cette invasion émotive qui rend tout sentiment impossible, cette vague de sensations dévastatrices, qui se voit instrumentalisée par une action politique appelée justement « terrorisme ».

Le terrorisme est le déclenchement délibéré d’une sensation permanente de terreur pour atteindre des objectifs politiques. C’est par la terreur de la victime que le terrorisme parvient à ses fins. Il nous faut donc préciser dans ces prolégomènes que le terrorisme tire son efficacité politique de la manipulation des fonctionnements psychologiques de la cible. Tel le judoka utilisant la force physique de l’adversaire, le terrorisme est avant tout une arme psychologique basé sur l’exploitation des processus psychiques de la victime.

Ainsi, l’attaque des twin towers à New-York le 11 septembre 2001, où El Qaïda retourne contre les États Unis trois de ses propres avions, peut-elle être considérée comme la quintessence de l’attaque terroriste, condensant dans une même action l’utilisation de la peur de la cible et celle de ses propres moyens techniques ; redoublant pour ainsi dire le principe même du terrorisme, qui est d’utiliser les ressources de l’adversaire contre lui-même. L’attentat du 11 septembre réalise cet objectif tant dans la sphère psychique que dans la sphère technique.

Il existe, disais-je, deux formes de terrorisme, s’étayant sur les deux mécanismes de terreur que je décrivais pour commencer. L’un agit par intrusion et de manière ponctuelle, même si les actions terroristes proprement dites peuvent se répéter des dizaines, voire des centaines de fois. Celui là poursuit un objectif précis. C’est ce terrorisme qui cherche à obtenir la satisfaction de revendications précises, d’ordre politique : la libération de camarades de combat, l’obtention d’une rançon, l’expression d’une faction politique dans la sphère publique. L’autre, terrorisme au long cours, fait irruption dans la vie sociale de manière inattendue, surprenant les membres d’une communauté, d’une profession ou de toute une nation. Il s’installe ensuite à demeure, subrepticement, sans prévenir. C’est ainsi que tout un pays peut un jour prendre conscience qu’il vit sous un régime de terreur depuis des années, sans le savoir. C’est ce terrorisme qui se déploie dans la durée, qui entend soumettre de grands groupes structurés, se saisir des leviers de commande de l’état…/…