à Caen le 18 mai 2019

Salon « Époque »

Grand entretien

avec Tobie Nathan Hôtel de ville
Esplanade Jean-Marie Louvel 
14000 Caen

Le Samedi 18 mai 2019

L’événement

Auteur carte blanche inoubliable de l’édition 2017, Tobie Nathan revient avec son nouveau roman L’Évangile selon Youri aux éditions stock.

Marie-Madeleine Rigopoulos

Rencontre avec Tobie Nathan, professeur de psychologie, spécialiste en ethnopsychiatrie, ex-diplomate, essayiste et romancier. Animation : Marie-Madeleine Rigopoulos, journaliste. Hôtel de ville, salle des mariages

Rencontre suivie d’une séance de dédicace dans la salle

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Cocktail détox. L’effet placebio

dans Philosophie Magazine N° 129

Vous pensiez que ce smoothie grenade-betterave-pomme-citron allait “purifier” votre organisme de vos agapes de la veille ? Peut-être devriez-vous montrer plus de respect pour les vertus des plantes afin de soigner vos maux par la racine.

Cocktail Detox PhiloMag 129

Je ne crois pas vraiment aux vertus des cocktails détox – à dire vrai, je n’y crois pas du tout ! En premier lieu, parce que je prête attention aux critiques savantes qui rappellent qu’aucun aliment n’a jamais modifié l’acidité du corps, pour la simple raison qu’avant de parvenir à l’intestin, il est plongé dans le bain d’acide chlorhydrique de l’estomac, et qu’aucune substance ne peut « nettoyer » le foie comme on décrasserait le carburateur d’une voiture, parce que cet organe, tant qu’il est bien portant, se purifie lui-même. Quant aux « toxines » que l’on accumulerait comme le ciel des grandes métropoles condense les particules fines, aucune étude sérieuse n’est parvenue à démontrer que le thé vert, le citron du matin dilué dans l’eau tiède ou le cocktail carotte-pomme-gingembre a le moindre effet sur leur existence.

Mais c’est surtout parce que je vois dans ces prescriptions une caricature de celles qui avaient cours au Moyen Âge et qu’on a tant de mal à décrypter aujourd’hui. On doit au moine dominicain Albert le Grand (1200-1280) des cocktails de plantes autrement excitantes pour l’esprit. D’après lui, la racine de jusquiame (Hyoscyamus) serait le traitement privilégié des ulcères. Mais si l’on boit son suc mélangé avec du miel, on fait disparaître les douleurs du foie. On peut aussi en porter quelques fleurs sur soi ; on devient alors joyeux et charmant, on plaît aux femmes et l’on se sent des dons pour l’amour. Dans le livre Les Secrets admirables du Grand Albert, on trouve un répertoire de plantes aux vertus incompréhensibles à un Moderne : la cynoglosse (Cynoglossum officinale), placée sous le gros orteil, empêcherait les chiens d’aboyer (d’où son nom, sans doute). La chélidoine (Chelidonium majus) serait un merveilleux opérateur de diagnostic. Placée sur la tête d’un malade, cette dernière « chantera s’il doit mourir et pleurera s’il doit guérir ». Le suc de verveine (Aloysia), bu dans l’eau chaude, assurerait une « détox » complète, purgeant le corps des humeurs malsaines mais aussi – surtout ! – l’âme des esprits malins. Quant au fameux citron, tout comme la rue (Ruta graveolens), à condition de les associer à des noix et à des figues, et d’y ajouter un grain de sel, il serait un excellent antidote aux venins, celui de l’aspic comme celui des langues perverses. Serait-ce l’origine des vertus qu’on lui attribue aujourd’hui ?

C’est chez Hildegarde de Bingen (1098-1179), abbesse bénédictine de Rupertsberg, sur les rives du Rhin (actuelle Allemagne), que l’on trouve la théorie la plus aboutie des vertus des plantes. Pour elle, les plantes éprouvent des émotions. C’est pourquoi on ne les cueille pas n’importe quand, de peur de gâcher leurs humeurs bienfaisantes. On doit leur expliquer ce qu’on attend de leur action et leur rendre grâce en les associant à des prières comme le montre l’une de ses incantations : « Je coupe ta verdeur parce que tu purifies toutes les humeurs qui entraînent l’homme sur des chemins d’erreur et d’injustice, par le Verbe vivant qui a fait l’homme sans le regretter. »

Je reste persuadé que l’inefficacité des cocktails détox provient du fait qu’on instrumentalise les substances en les confinant à leur effet pharmacologique. Si on les associait à des êtres de notre temps, les considérait comme représentantes d’un ordre de vie avec lequel nous partageons la Terre – si nous trouvions le moyen de nous adresser à elles avec respect –, peut-être en obtiendrait-on de véritables effets. Mais alors, nous prendra-t-on pour des fous et nous assommera-t-on de psychotropes… pas bio pour un sou ? 

Tobie Nathan dans Philosophie Magazine N° 129

Au Quai Branly, le 17 avril 2019

Le 17 avril 2019

L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

par Tobie Nathan

Nous l’inventons chaque jour par la rêverie, par la science, par l’écriture. Aujourd’hui, Intelligence artificielle, transhumanisme et réseaux sociaux remettent en question notre vision de l’avenir. Entre confiance dans le progrès, craintes des dérives ou foi dans un avenir tout tracé, à quoi ressemblera notre futur ?

L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE


On pourrait se demander ce qu’un psychologue plus ou moins mâtiné d’ethnologie pourrait bien raconter au sujet de l’intelligence artificielle. Pas grand-chose et beaucoup en même temps ! Pas grand-chose car il ne se prétend pas spécialiste, loin s’en faut, d’informatique ou de neurosciences. Beaucoup car les idées que développe Tobie Nathan dans son propre domaine depuis des décennies concourent à montrer qu’il n’existe aucune intelligence « naturelle », que toutes les intelligences sont « artificielles », c’est-à-dire reposent sur des artefacts, des objets fabriqués, manufacturés. Autrement dit ce que l’on croyait enfoui dans les méandres de nos cerveaux se trouve en vérité dans la technologie de nos objets — et cela depuis la plus haute antiquité.


Pour le démontrer, il lui faudra néanmoins emprunter quelques détours. La première partie de son exposé sera consacrée à identifier les artefacts traditionnels sur lesquels était basée l’intelligence des êtres jusqu’à l’époque moderne. La seconde abordera l’intelligence artificielle proprement dite, moderne, celle qui date d’une vingtaine d’années et qui avance aujourd’hui à pas de géants venant bouleverser radicalement notre existence. Le but de cette conférence est de montrer que les artefacts traditionnels et l’intelligence artificielle ne diffèrent guère en nature mais seulement en quantité.

TOBIE NATHAN

Né au Caire en 1948, Tobie Nathan est le principal théoricien et promoteur de l’ethnopsychiatrie contemporaine. Élève de Georges Devereux, il a créé la première consultation d’ethnopsychiatrie en France, en 1979, dans le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital Avicenne à Bobigny, consultation dont les principes ont été adaptés en France et à l’étranger. Il a fondé en 1993 le Centre Georges Devereux, Centre universitaire d’aide psychologique aux familles migrantes, au sein de l’UFR de Psychologie de l’Université Paris 8, centre qu’il a dirigé de 1993 à 1999.

Directeur du Bureau de l’Agence Universitaire de la Francophonie pour l’Afrique des Grands Lacs, à Bujumbura (Burundi) entre 2003 et 2004, il a également été Conseiller culturel en Israël et en Guinée Conakry. Tobie Nathan est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages dont : Ethno roman(Grasset), prix Femina de l’essai 2012, ainsi que des romans (Saraka Bô, 613, Serial Eater, Mon patient Sigmund Freud, Qui a tué Arlozoroff, Les nuits de Patience). Il a récemment publié L’Évangile selon Youri (Stock, 2018), Les Âmes errantes, (l’Iconoclaste, 2017), Ce pays qui te ressemble(Stock, 2015), Quand les dieux sont en guerre (La Découverte, 2015), L’Étranger. Ou le pari de l’autre(Autrement, 2014), et Philtre d’amour (2013).

  • Categorie : L’invention du futur
  • Durée : 01:30
  • Lieu :  Théâtre Claude Lévi-Strauss
  • Dates :
    Le mercredi 17 avril 2019 de 18:30 à 20:00
  • Public :  Tous publics
  • Gratuit (dans la limite des places disponibles)