Le Grand Entretien avec François Busnel

Sur France Inter, le 29 août 2012, à l’occasion de la parution d’Ethno-Roman, le Grand Entretien avec François Busnel

Universitaire, ethnologue, diplomate, Tobie Nathan est, d’abord un intellectuel né au sein d’une vieille famille juive égyptienne. Il a exercé des fonctions de Conseiller culturel en Israël et en Guinée, après avoir collaboré au Centre de consultations ethnopsychiatriques de l’hôpital Avicenne de Bobigny. Tobie Nathan a publié de nombreux ouvrages, fruit de son expérience au Centre Georges Devereux qu’il a fondé en 1993 – dont La nouvelle interprétation des rêves ou Psychanalyse païenne. il est également l’auteur de romans policiers (aux éditions Rivages). En 2010, il a publié chez Grasset Qui a tué Arlozoroff ?

Très tôt, dans son enfance égyptienne, Tobie Nathan a entretenu une native complicité avec les mythes, les légendes et, d »une manière générale, avec la « pensée magique » qui, selon lui, reste l’ADN le plus fiable de la nature humaine. Cette affinité avec l’étrange, avec l’étrangeté de l’autre, l’a conduit très tôt vers l’ethnopsychiatrie de Georges Devereux, ce freudien hérétique qui voulait analyser ses patients en les inscrivant dans leur contexte culturel. De là, est née une oeuvre passionnante, toujours fidèle au légendaire, mais articulée autour des concepts les plus aigus de la psychologie. Sorciers, chamans, vieux sages, marabouts, et autres créatures pittoresques eurent plein droit de cité dans ses livres – et dans sa vie.

C’est cette vie, précisément, que Tobie Nathan a entrepris de raconter, en va-et-vient, dans l' »ethno-roman » qu’il nous propose ici. Le voici donc dans la Sorbonne post-soixante huitarde, dans les services psychiatriques où il officie, dans sa mémoire égyptienne, chez les fous-sages chez des sages un peu dingues, chez les devins d’Afrique et dans les dîners d’Ambassade… Sur ce monde, notre monde, il pose un regard d’adulte émerveillé et mélancolique, pessimiste, lucide, généreux.

Cette autobiographie intellectuelle, morale et savante, se lit comme un roman : le roman d’une belle vie.  (note de l’éditeur)

 Choix musical de l’invité :

You’re the boss (chanson de Jerry Leiber et Mike Stoller), Interprétée par Lavern Baker et Jimmy Ricks en 1961

En librairie le 12 septembre 2012

—> Pour (ré)écouter l’émission

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Écouter Arcady… le 27 août 2012 à 13h00 sur RCJ

Tobie Nathan et Alexandre Arcady

Le 27 août 2012, à 13h00 sur RCJ

Il est si beau qu’il s’étonne lui-même de sa beauté. Détendu, souriant, vif, tellement attentif aux personnes, aux êtres, aux objets, aux ambiances… Je reçois aujourd’hui Alexandre Arcady.

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Alexandre Arcady est un raconteur d’histoires — et comme le sont souvent les meilleurs, il revient sans cesse sur la même histoire, la détaillant, l’approfondissant, la rendant à chaque fois plus belle… Alexandre Arcady, c’est un amoureux plein de générosité, qui ne pense qu’à faire partager son amour, ses amours.

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Alexandre Arcady est cinéaste, un film-maker, comme disent les Américains, un artisan fabriquant de films. Il en a réalisé une vingtaine, parmi lesquels un certain nombre constituent des strates qui tapissent notre mémoire, à tel point que quelquefois nous ne savons pas si nos souvenirs sont les nôtres ou s’ils nous ont été donnés par lui. Le coup de Sirocco, le Grand Pardon, L’Union Sacrée, Mariage Mixte…

Affiche de « Ce que le jour doit à la Nuit »

Dans quelques jours, le 12 septembre, sort son nouveau film, Ce que le jour doit à la nuit, tiré du best seller de Yasmina Khadra 

Nous évoquerons sa vie, son parcours, de la Casbah d’Alger au Paris des Médias —

Alexandre Arcady est né le 17 mars 1947 à Alger…

Est-ce que c’est une bonne date, un bon endroit pour venir au monde ?

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Alexandre Arcady est né Aracady Egry, le 17 mars 1947 à Alger. Il a consacré une grande partie de son œuvre à rendre compte de l’incroyable exil d’un million et demi de rapatriés après l’indépendance de l’Algérie en 1962. La plupart de ses films ont remporté un immense succès populaire : Le coup de Sirocco, le Grand Pardon, L’Union Sacrée, Mariage Mixte…

Alexandre Aracady, « Le petit blond de la Casbah », Paris, Plon

Issu d’une famille juive populaire, il a vécu une pauvreté heureuse en Algérie et une véritable misère à Paris. À 20 ans, en 1967, il fait l’expérience du Kibboutz — expérience qui a inspiré un autre de ses films, Pour Sacha.

Le 12 septembre 2012, sort sur les écrans Ce que le jour doit à la nuit, tiré du best seller mondial de Yasmina Khadra.

Alexandre Arcady a rapporté sa vie de manière attachante dans un livre, Le petit blond de la Casbah, publié aux Éditions Plon (2003).

Tobie Nathan : tout compte fait

à l’occasion de la sortie le 12 septembre 2012 de son ETHNO-ROMAN, Paula Jacques consacre le dernier « Tout compte fait » de l’été à Tobie Nathan

 

 

Présentation sur le site de l’émission :

Né en 1948 au Caire en Egypte, professeur de psychologie clinique et pathologique à l’université de Paris VIII, Tobie Nathan est le grand représentant en France d’un courant de la psychiatrie travaillant sur l’origine culturelle des patients :l’ethnopsychiatrie. Il a fondé en 1993 le    Centre Georges-Devereux, centre universitaire d’aide psychologique aux familles migrantes . Diplomate, il est depuis septembre 2009 Conseiller de Coopération et d’Action Culturelle près l’Ambassade de France en Guinée, à Conakry.

Bibliographie

Ethno-Roman

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le site de l’émission <—

Ethno-roman… le 12 septembre

bonnes feuilles…

Je m’appelle Tobie Nathan

En vérité, je suis né après ma naissance. La France, mon pays, j’y suis arrivé un peu tard, en 1958 — comme de Gaulle au pouvoir — déjà âgé de dix ans, déjà fabriqué, pour ainsi dire. Les Français sortaient de la guerre ; nous sortions d’Égypte, arrivés tout droit de l’antiquité. Je ne comprenais pas l’ambiance, de tristesse et de plainte qui régnait alors en France. Mes parents n’avaient été ni déportés, ni collabos, ni bofs ; et certainement pas de ces moutons que raillait le Général. Mes parents venaient d’ailleurs et restaient imprégnés des préoccupations de ce monde lointain. Ils lisaient le journal, non pour connaître le prix du beurre, mais pour avoir des nouvelles de Krouchtchev ou de Boulganine parce que c’étaient eux, les dirigeants soviétiques, qui avaient été à l’origine de leur expulsion d’Égypte, en menaçant les Français et les Anglais durant l’affaire de Suez.

Quand je suis arrivé en France, chacun n’avait qu’une idée en tête, régler les comptes de la guerre. Nous autres, Français, je l’ai compris depuis, sommes éternels opiniâtres de nos raisons… raison d’avoir été pétainiste, raison d’être communiste, raison d’être pacifiste… en ces temps, il y avait encore de tout !…

Editions Grasset, Paris, le 12 septembre 2012

J’ai eu vingt ans en 68, à Paris. J’étais étudiant en sociologie à la Sorbonne. Le matin, je prenais le train, en Gare de Garges-Sarcelles. En hiver, il faisait un froid glacial sur ce quai où déambulaient des âmes en maraude. J’aimais ce vieux manteau qui avait appartenu à mon frère en Égypte. C’était ma coquetterie. J’enfonçais une casquette de tweed jusqu’aux oreilles et m’enroulais le nez dans une longue écharpe noire. Elle prenait le même train. Elle se rendait aussi à la Sorbonne où elle étudiait la littérature anglaise. Elle avait une tête de dessin animé, des yeux tout ronds, un bonnet de laine à pompon et le nez rougi par le froid. Elle trimballait partout un énorme nounours blanc, dans le train, à l’université, au bistrot — un nounours qu’elle reniflait sans cesse en lisant Shakespeare. Nous grimpions dans le même wagon. Nous nous regardions, sans nous parler, chacun pressentant chez l’autre une même inquiétude à vivre. Elle habitait Sarcelles, le noyau de la ville, la fondation ; j’habitais Garges-lès-Gonesse, la cité des paumés. Un soir d’hiver, avec mes philosophes de nuit, nous déambulions, d’amis en amis, d’appartement en appartement, de verre de whisky bon marché en verre de vin chaud. Nous avions faim de pensée et d’aventures. Nous avons fini par atterrir chez elle. Nous nous sommes regardés, souris, reconnus. Le train du matin, la casquette de tweed, le nounours blanc…

Ecouter Simha, écouter la joie…

Sur RCJ, le 20 août 2012 à 13h00

Petit bonhomme souriant, les yeux pétillant d’intelligence, le visage profond, invitant à la pensée, à la discussion, au piment de la vie… Je reçois aujourd’hui Simha Arom.

Simha Arom est un savant — pour moi, il fait partie des vrais savants, non pas ceux qui se contentent de chercher, ceux qui trouvent ! Musicien, ethnomusicologue, anthropologue, enseignant, chercheur infatigable, il est animé de la seule qualité indispensable au savant : la curiosité…

Simha Arom, penseur de la vie et de la joie, le bien nommé, Simha !

Simha Arom, ethnomusicologue de réputation internationale, Directeur de recherche émérite au CNRS, est le plus grand spécialiste des musiques traditionnelles et notamment celles des pygmées Aka de Centre Afrique qu’il a été le premier à décrire et à analyser.

La fanfare de Bangui : Itinéraire enchanté d’un ethnomusicologue.
Paris, La Découverte, 2009

Né le 16 août 1930 à Düsseldorf, il connaîtra la Nuit de Cristal. Réfugié d’abord en Belgique puis en France, il fuira les Allemands durant toute la guerre pour réussir à passer en Palestine en 1944, à l’âge de 14 ans. Là débutera une carrière consacrée à la musique.

Personnage fascinant, érudit, inventeur et d’une vitalité infatigable, il a relaté son parcours dans un livre intitulé La fanfare de Bangui. Itinéraire enchanté d’un ethnomusicologue, paru aux Editions de la Découverte en 2009.

« Ça commence comme un roman d’aventures : un coup de fil du ministère des Affaires étrangères israélien propose en 1963 à un corniste de l’orchestre symphonique de la radio de partir en République centrafricaine, dans le cadre d’un programme de coopération : le président centrafricain veut une fanfare… Il n’y aura jamais de fanfare. Mais Simha Arom découvre des musiques extraordinaires, notamment celle des Pygmées et il est immédiatement bouleversé :  » je sentais que leur musique venait du fond des âges, mais aussi, d’une certaine manière, du plus profond de moi-même. Pourtant, je ne pouvais les connaître, n’ayant jamais rien entendu de semblable. C’était affolant. Comment ces musiciens faisaient-ils ? J’en étais tout ahuri. « 

pour réécouter l’émission <— ici

Sil’ha Arom et Tobie Nathan

TN

Ecouter Marceline…

sur RCJ, le 7 août 2012 à 13h00

Si un jour il m’arrivait de rencontrer une femme Djinn, un esprit, un être venu d’ailleurs, elle aurait, j’en suis sûr, cette même gouaille et ce petit côté provocateur… Elle serait à la fois petite, très petite, jusqu’à tenir dans une bouteille et grande, aussi, très grande, jusqu’à occuper tout l’espace de la pièce où elle se trouve… Elle serait belle comme le feu et rouge, sans doute, mobile comme la flamme et ses paroles, ses paroles… seraient puissantes comme celles d’une prière.

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Eh bien je la reçois aujourd’hui, Marceline Loridan-Ivens, témoin des folies meurtrières et militante des causes du siècle, muse des grandeurs et génie de la vie. 


Joris Ivens et Marceline Loridan sur le tournage d' »Une histoire de vent »
© Nicolas Philibert

Marceline Loridan-Ivens, réalisatrice, actrice, scénariste et écrivaine est une personnalité exceptionnelle qui a été de toutes les innovations du cinéma depuis les débuts de la « Nouvelle vague » dans les années ‘60’. Elle a notamment participé à l’élaboration du film de Jean Rouch, Chronique d’un été, dans lequel elle tient un rôle essentiel. Par la suite, devenue l’épouse de Joris Ivens, le fameux documentariste hollandais, elle réalisera avec lui des films restés célèbres comme le 17ème parallèle (sur la guerre du Vietnam), Comment Yukong déplace les montagnes (sur la révolution culturelle en Chine) ou Une Histoire du vent.

Née le 19 mars 1928 à Épinal, dans les Vosges, de parents Juifs polonais émigrés en France, elle a 11 ans à la déclaration de la guerre. Successivement enfant cachée, puis résistante, elle est prise par la Gestapo en 1944 et internée à Auschwitz-Birkenau durant près d’un an et demi. Elle en fera finalement un film en 2003, La petite prairie aux bouleaux, où son propre rôle est interprété par Anouk Aimée.

Ma Vie Balagan de Marceline Loridan-Ivens
Paris, Robert Laffont, 2008

Elle a relaté de manière saisissante l’histoire de sa vie dans un livre bouleversant : Ma vie Balagan, paru en 2008 chez Robert Laffont.

« Auschwitz en 1944, Saint-Germain-des-Prés en 1950, Pékin en 1968 :
une vie de désordre, de provocations et d aventures brûlantes. »

Pour réécouter l’émission <—

TN