La Grande Librairie le 1er et le 4 novembre 2012

Je serai à La Grande Librairie jeudi 1er novembre à 20h40…

et à 22h55 le dimanche 4 novembre

François Busnel

présentée par François Busnel

en compagnie de Wajdi Mouawad, Agnès Desarthe et Jérôme Ferrari

L’émission ici <—

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perplexité féconde

A propos de Penser entre deux langues de Heinz Wismann — Paris, Albin Michel, 2012 

À la fois autobiographique et retraçant le parcours intellectuel, mais aussi affectif d’un chercheur, d’un érudit et d’un penseur — c’est-à-dire quelqu’un qui propose des idées — pas n’importe lesquelles, des idées assises à la fois sur ses expériences de vie, parfois très intimes, sur son parcours universitaire et les entreprises auxquelles il a participé, sur un regard singulier sur la vie sociale et politique — un chercheur !

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Les rendez-vous manqués de fin du monde

à propos du livre de Michaël Fœssel Après l’apocalypse. Critique de la Raison apocalyptique. Paris, Le Seuil, 2012.

Un bon petit livre, bien écrit, dynamique avec de vraies formules et des lectures surprenantes qui revivifient des auteurs parfois oubliés. Un livre de pensées, comme Les pensées de Pascal, par exemple, plutôt qu’un ouvrage qui livre une pensée.

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La dictature par le viol

à propos du livre d’Annick Cojean, Les proies. Dans le harem de Kadhafi.

Un témoignage hallucinant — et pourtant, c’est comme si tout le monde le savait… une sorte de coup de poing dans l’estomac — en fait un grand coup de gueule d’une journaliste du Monde, Annick Cojean. Un livre militant aussi, pour la cause des femmes, non pas seulement ici, en Europe, en Amérique, mais là bas, en Afrique, en Libye…

Kadhafi, le guide libyen, gouvernait par le sexe — plus précisément par le viol. On savait le dictateur pour le moins dérangé. Son apparence de toxicomane, ses déclarations de psychopathe, contre les occidentaux, contre tel ou tel chef d’Etat, son implication dans les attentats terroristes, dans les mauvaises guerres et les massacres, au Mali, au Tchad, en Guinée, au Congo, au Liberia, en Centrafrique… ça se voyait ! Comme le nez au milieu de la figure… Mais une folie sexuelle en liberté à l’échelle d’une nation et même à celle d’un continent, on reste éberlué.

Où l’on apprend qu’il fallait à Kadhafi quatre nouvelles jeunes filles par jour, à peine pubères, vierges évidemment. Il envoyait ses sbires les chercher dans les écoles, par dizaines, par centaines, sans doute plus encore. Il les enfermait, les préparait, par la violence, jusqu’à ce qu’elles se soumettent à ses désirs — à tous ses désirs. Il les contraignait à porter des vêtements sex, des strings, des nuisettes de soie, à visionner des cassettes porno, à danser devant lui ; il les droguait, aussi, au haschich, à la cocaïne. Quant à l’acte sexuel, ce n’était que violence. Il les battait, les humiliait, les violait, urinait sur leur corps endolori.

Annick Cojean

On pourrait croire que ce n’était là que le comportement d’un pervers dont les fantasmes avaient trouvé un débouché dans le réel grâce à l’argent qui coulait à flots et au pouvoir qu’il exerçait sans contrôle. Mais il y a bien plus que cela ! Les viols quotidiens de Kadhafi durant des décennies avaient pour but de terroriser la population. Le peuple savait plus ou moins ce qui se passait à Bab-al-Azizia, le QG du guide… Alors, de peur des représailles, des familles, des tribus entières ont fui le pays.

Les viols quotidiens de Khadafi n’étaient pas seulement l’expression des fantaisies perverses d’un homme ; ils étaient devenus un mode d’installation de la terreur et par conséquent de pérennisation du pouvoir. Car le l’un des processus essentiels qui permettent aux dictatures de perdurer des décennies est l’établissement des complicités. Les matrones, celles qui préparaient les filles, devenaient complices, les filles violées, si elles parvenaient à survivre, finissaient par devenir complices à leur tour. Le système entier se faisait complice par la distribution de privilèges, petits et grands, aux uns ou aux autres. Le second mécanisme est l’humiliation qui tient les victimes et leurs familles par la honte, les empêchant de révéler les secrets gens, les rendant complices à leur tour.

Kadhafi a peut-être été le premier à ériger le viol en mode de gouvernement — un gouvernement par la terreur, bien sûr ! Il violait les jeunes filles, mais aussi des jeunes gens et même ses propres ministres. Lorsque l’insurrection a commencé à prendre en Libye, le mot d’ordre du « guide » à ses partisans était : « Violez-les d’abord, violez les toutes, les jeunes, les vieilles, les fillettes, … Ensuite, tuez-les. » De Dubaï arrivaient des containers entiers pleins de Viagra… Les rebelles recevaient des vidéos de viol sur leurs portables avec la menace explicite : « Voilà ce qui attend vos femmes et vos filles »…

Kadhafi a fait des émules. J’étais à Conakry le 28 septembre 2009 lorsque les « bérets rouges » de Moussa Dadis Camara ont enfermé les manifestants dans le stade, puis ont ouvert le feu sur la foule. Ils ont ensuite systématiquement violé les femmes présentes. Là aussi, un mot d’ordre semble avoir été explicitement donné puisqu’elles ont été systématiquement violées… Il y a eu ce jour là près de 200 morts, 2000 blessés et plus de 150 femmes violées. Là aussi, le Viagra avait été distribué aux soudards, en plus de l’alcool. Jusqu’à ce jour, les responsables n’ont pas été jugés ; n’ont même pas été inquiétés…

Certains lecteurs attentifs du livre ont mis en cause la fiabilité des témoignages des victimes, comme par exemple Luc Rosenzweig, dans un article du causeur (http://www.causeur.fr/le-monde-et-l’esclave-sexuelle-de-kadhafi,13255)

Quoiqu’il en soit, l’analyse du système reste entière. À suivre…

On peut réécouter l’émission sur France Culture ici <—

TN