Atelier Intérieur

Sur France-Culture, le lundi soir, quelques minutes avant minuit, Tobie Nathan, avec l’équipe de « l’Atelier Intérieur », vous invite à la découverte de vos propres rêves. Facile ! Il suffit de dire en toute liberté l’un de vos rêves sur le répondeur de l’émission — 01 56 40 28 33 — Nous l’écouterons ensemble, examinerons les pistes qu’il semble indiquer et le proposerons à la sagacité des autres auditeurs.

Car, à nouveau, s’il n’existe pas de signification aux rêves, tout rêve appelle une interprétation. Et à ce à quoi nous vous invitons dans « L’atelier Intérieur », c’est à l’interprétation mutuelle des rêves.

Pour que le rêve soit ce qu’il a toujours été :

ce qui relie les hommes la nuit, comme la parole les relie le jour.

Postez vos rêves au 01 56 40 28 33

écoutez l’émission ici

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Congrès annuel de la société suisse de psychiatrie et de psychothérapie

Tobie Nathan à Interlaken

N’oubliez pas la richesse des pauvres !

du 14 au 16 septembre 2011 à Interlaken

Mon propos est ici de tracer les contours de l’ethnopsychiatrie que je pratique et j’enseigne. Je sais qu’il existe plusieurs formes de discours – peut-être faudrait-il dire plusieurs disciplines – cherchant à articuler les données anthropologiques et psychopathologiques, qu’elles se son succédé selon les époques, avec les théories du temps, les préoccupations, voire les tics d’une époque ou d’une autre. Il va sans dire que je défends mes options. Je vais donc exposer ici quelques éléments de l’histoire, les soubassements théoriques et les développements récents de cette ethnopsychiatrie. Vous verrez combien elle est spécifique

Un peu d’histoire

Georges Devereux a toujours affirmé que ce n’était pas lui, mais Louis Mars, un psychiatre haïtien passionné de Vaudou et engagé dans les activités politiques liées à la décolonisation, qui fut à l’origine du mot « ethnopsychiatrie ». Dès les années ‘30’, Louis Mars scrutait la culture haïtienne recherchant les homologies avec les données psychiatriques, mais aussi les singularités culturelles. Il a écrit sur les zombies, sur le vaudou, sur les rituels thérapeutiques sous forme de transe[1]. Pour lui, il était évident que le peuple haïtien, son peuple, était dépositaire de techniques de soin anciennes, aux logiques profondes. Reconnaître ces faits, les afficher, s’en faire le porte-parole était pour lui à la fois travail de psychiatre et véritable action politique — une sorte de profession de foi qu’on pourrait résumer par la formule : « n’oubliez pas la richesse des pauvres ! » Autrement dit, les pays en voie de développement disposent aussi de cultures — ce que l’on oublie toujours — et mettent en œuvre des intelligences complexes.

Par la suite, Louis Mars abandonna la pratique de la psychiatrie, se consacrant toujours plus à la politique[2]. Mais, lorsqu’il était psychiatre, il préconisait volontiers de faire ce qu’il appelait déjà de « l’ethnopsychiatrie » plutôt que de la psychiatrie, qu’il ne s’agissait pas seulement d’efficacité thérapeutique, mais aussi d’engagement politique[3].

Dans les termes de l’époque, le mot « ethnopsychiatrie » s’inscrivait dans une longue série « d’ethnosciences ». On parlait d’« Ethnopsychiatrie », comme on disait aussi « ethnobotanique », « ethnozoologie » ou « ethnomathématiques ». Il paraissait alors incontestable que les peuples transmettaient de génération en génération des connaissances de leur milieu et des savoir-faire institués. Toutes ces disciplines à préfixe « ethno » qui fleuriront dans les années d’après-guerre  aboutissaient le plus souvent à la conclusion que des peuples n’ayant pas de tradition écrite étaient néanmoins riches de savoirs véritables, comparables à notre « science ». Ce sont précisément ces savoirs, sans représentants savants, sans académie, sans revues à comité de lecture, sans comités de sélection, que l’on appelait « ethnosciences ».

Mais dans « ethnosciences », le préfixe « ethno », impliquait qu’il s’agissait de savoirs liés à un peuple et non de savoirs généraux surplombant de leur vérité universelle une humanité unifiée. Idée surprenante, que l’on a du mal à comprendre aujourd’hui, que celle de l’existence de savoirs liés à un peuple. Car si elles constituent de vrais savoirs et concernent de ce fait l’humanité entière, la quintessence de ces ethnosciences était réputée secrète, un peu comme si leur substance avait été confiée à une population déterminée, déposée en son intimité, préservée au chaud, dans sa langue. Il est vrai que ces savoirs se transmettent plutôt de manière initiatique, que leur acquisition est liée à des statuts spécifiques, bien loin de notre culture ouverte à tous.


[1] Louis P. Mars, M.D.
From, 1945, « The Story of Zombi in Haïti », Man: A Record of Anthropological Science.
Vol. XLV, no. 22. pp. 38-40.
March-April, 1945. 1962, « La crise de possession et la personnalité humaine en Haïti ». Revue de psychologie des peuples 17.1 (1962): 6-22. 1966, « La psychiatrie au service du tiers monde, nouvelles considérations ». Psychopathologie Africaine, vol. 2 – n° 2 Dakar 1966.

[2] Le docteur Louis Mars (1906-2000), médecin, psychiatre, a été membre de l’Académie de Médecine de New York et couronné par l’Académie de Médecine de Paris. Il a été élu député en 1946 et fut un temps Ministre des Affaires Etrangères de Haïti. Par la suite, il a eu une longue carrière diplomatique.

[3] Louis Mars assista un jour de 1973 au séminaire de Devereux, et là encore parla de l’importance politique de l’ethnopsychiatrie.

Le texte intégral de la conférence sera publié dans les mois à venir …/…